La Tradition de la danse

La danse de licorne ou danse du lion

 

La danse du lion et ses légendes

 

Plusieurs légendes, qui prennent racines dans différentes régions de Chine, relatent la naissance de la danse du lion. Et chacune à sa manière explique l’un ou l’autre des symboles liés à cette danse.

 

La légende du Nian

En un temps reculé, dans la région de Foshan (province de Canton), un monstre, le Nian, serait apparut. Il se déplaçait à quatre pattes et avait une énorme tête, proche de celle d’un lion, une gueule béante et de grands yeux, le front surmonté d’une corne courbe. Dans sa fureur, il ravageait champs et rizières et causait le malheur des paysans. Malgré leurs offrandes à Bouddha, le Nian continuait à décimer les cultures. Pour s’en défaire, les habitants de la région construisirent alors un animal tout de bambou et de papier, peints de couleurs vives, reflet factice du Nian et parcoururent la campagne à la recherche du monstre. Lorsqu’il se manifesta, les villageois agitèrent leur déguisement dans un concert de pétards et de percutions en une danse virevoltante et spectaculaire. Le tintamarre occasionné et la présence de ce rival factice effrayèrent tant et si bien le Nian que plus jamais il ne revint semer le désordre dans la région de Foshan.

Une variante de cette même histoire explique qu’un moine bouddhiste, présent dans un village des alentours à l’apparition du Nian, se proposa de le combattre. Suite à une âpre lutte spirituelle, il réussit à l’apprivoiser et convertit la bête au bouddhisme. Le Nian, reconnaissant envers le moine pour lui avoir montré cette nouvelle voie, devint alors le protecteur de la région.

Cette légende explique l’une des fonctions principales attribuée à la danse de lion. A l’occasion du nouvel an, qui symbolise l’entrée dans un nouveau cycle, le lion par sa danse, éloigne les esprits malins et assure la protection des demeures contre les démons et ceci pour une année entière. La danse est ainsi effectuée à chaque entrée dans une nouvelle année.

 

La légende de la déesse Kwan Yin et du Lion Céleste

Le Lion était autrefois un animal céleste fougueux, impétueux et féroce. Sa vilenie et sa brutalité semaient le trouble au Royaume de l’Empereur de Jade, gardien du Ciel. Excédé par un tel comportement, l’Empereur le fit décapiter et le déchut sur Terre, la tête séparée du corps.

Kwan Yin, déesse de la Miséricorde, prit le lion en pitié et décida de lui porter secours. Elle envoya un ruban rouge enchanté sur Terre pour réparer le corps mutilé du Lion et lui redonner vie. Grâce à la bonté de Kwan Yin, le Lion ressuscita et tenta de rejoindre les cieux. Trop faible pour entreprendre un tel voyage, la déesse conseilla au Lion de se mettre en quête d’une herbe magique conservée par les moines bouddhistes. Cette herbe lui permettrait de retrouver toute sa vigueur et de regagner les cieux. De retour au Royaume de l’Empereur de Jade, par reconnaissance envers la déesse et les moines, le Lion s’engagea sur la voie du bouddhisme.

Cette autre légende fait référence à deux temps forts de la danse du lion. Le premier concerne la cérémonie Hoi Gwong au cours de laquelle le lion est symboliquement amené à la vie par l’apposition de points de peinture de cinabre (rouge comme le sang) sur différentes parties de son corps et d’un ruban rouge noué autour de sa corne. Le second est celui que l’on appelle le « manger de la salade » (« eating the green »), phase de danse au cours de laquelle le lion mange un chou chinois ou une salade pour prendre des forces et assurer son rôle de chasseur de démons.

 

Le Rêve de l’Empereur

La troisième légende raconte qu’au sortir d’un rêve où il vit un animal étrange, l’Empereur des Tang ordonna à ses serviteurs de réaliser l’animal fabuleux pour le faire revivre sous ses yeux.

Une autre version, qui semble la plus plausible, dit que l’Empereur fit construire un lion multicolore à ses serviteurs après avoir vu pour la première fois un lion amené à la cour par un ambassadeur étranger. Ses serviteurs durent ensuite l’animer au son des musiques traditionnelles. Ce serait donc à la demande de l’Empereur des Tang que la danse de lion vit le jour.

 

Histoire et styles

 

La danse de lion ou danse de licorne (« Mua Làn » au Vietnam et en Asie du Sud Est) a vu le jour en Chine il y a maintenant plusieurs siècles. Il semble que celle-ci naisse sous la Dynastie Han (-205 à 220) et se diffuse largement au cours des siècles suivants jusqu’à son apogée sous la Dynastie Tang ( 716 à 907).

De nombreuses variantes de cette danse peuvent être observées aujourd’hui dans les différents pays d’Asie, que ce soit au Japon et à Okinawa, à Hong Kong, Taiwan, Macau ou Singapour ou encore au Vietnam, en Malaisie et en Indonésie, et plus précisément à Bali où elle prend la forme de la danse du Barong.

Chaque région d’Asie a depuis développé son style propre, lequel trouve lui-même de multiples variantes au sein des écoles où cette danse traditionnelle est enseignée.

Il existe néanmoins deux styles de danse bien distincts – la danse des lions du Nord (北獅) et la danse des lions du Sud (南獅).

Les lions du Nord se distinguent des lions du Sud par leur longue fourrure jaune, orange et rouge et leur tête dorée, qui rappelle celle d’un chien pékinois. Cette danse était essentiellement jouée comme divertissement dans les cours aristocratiques de Chine. Aujourd’hui, elle reste un style lié aux écoles de cirque et aux défilés.

La danse des lions du Sud revêt quant à elle davantage de symbolique et est enseignée dans les écoles d’arts martiaux. Elle est jouée lors des célébrations du nouvel an asiatique ou pour fêter les évènements importants qui jalonnent la vie. Les licornes, par leur danse, apportent chance et prospérité à ceux qui les rencontrent et chassent les esprits malveillants et les démons qui troublent la vie humaine. Elles représentent ainsi le renouveau et salue l’arrivée proche du printemps.

A l’inverse des lions du Nord, les licornes du Sud présentent une large variété de couleurs et possèdent au sommet de leur tête une corne et sur le front un miroir, tous deux hautement symboliques. La danse est réalisée par deux danseurs, l’un caché dans la tête de la licorne, l’autre sous la robe de l’animal. Ils sont accompagnés par des musiciens – un tambour, deux cymbales et un gong.

 

Styles Fushan et Hoksan

 

La danse de lion du Sud regroupe deux styles de danses – le style Fat Shan (la montagne de Bouddha) et le Hok Shan (la montagne de la Grue).

 

Le style Fat Shan (ou Fushan/Fukien), très martial, est généralement pratiqué dans les écoles de kung fu. Il s’agit d’un style de danse puissant et dynamique qui requiert de bonnes aptitudes physiques et de solides positions. C’est pourquoi cette danse est habituellement enseignée aux pratiquants les plus anciens d’une école. Elle devient alors la représentation de la force de l’école et de son kung fu. Au cours des siècles, les écoles se sont d’ailleurs affrontées dans des combats de licornes pour imposer la supériorité de leur style de kung fu, ces danses remplaçant les défis à mains nues qui causaient de trop nombreuses morts.

La tête de licorne Fat Shan est grande et massive, faite pour résister aux chocs occasionnés lors de danses de combats. La robe, plus longue que celle des licornes Hok Shan, est pourvue de poils de nylon de couleur noir ou blanc, identiques à ceux de la tête.

 

Traditionnellement, il existe trois couleurs de têtes Fat Shan, chacune représentant l’un des grands guerriers du Royaume de Shu vivant à l’époque des Trois Royaumes.

 

Le lion aux 5 couleurs : Liu Bei, Empereur du Royaume de Shu, héritier légitime de la Dynastie Han (劉備)

La tête de Lui Bei est à dominance jaune et possède une barbe blanche, qui dénote sa sagesse et sa bienveillance. Sa robe, dont la toison est également blanche, est multicolore. Elle mélange cinq couleurs, représentant les 5 éléments. Ces cinq couleurs sont le symbole de la maîtrise des éléments par l’Empereur, béni des dieux. Sur son collier sont apposées trois pièces, signifiant qu’il est l’aîné des trois frères d’armes.

Liu Bei est généralement utilisé dans les anciennes écoles dont le maître est reconnu comme tel, et dont la pratique est depuis longtemps établie.

Le lion Liu Bei est aussi connu sous le nom de Rui Shi (Shui Shi en cantonais) ou le Lion de Bon Augure.

 

Le lion rouge : Guan Gong (Chang Fei en cantonais) ou Guang Yu, Grand Général des armées de la Dynastie Shu, chef des Cinq Généraux Tigres des Trois Royaumes, protecteurs des pratiquants d’arts martiaux (關羽)

La tête de Guan Gong est à dominance rouge et possède une barbe noire. Sa robe est rouge à poils noirs. En tant que frère cadet, la tête de Guan Gong porte deux pièces au collier.

La tête de Guan Gong est celle qui est le plus souvent utilisée au sein des écoles d’arts martiaux.

Fier, brave et réfléchi, le lion Guan Gong est également connu sous le nom de Hsing Shih (ou Shing Shi en cantonais), le Lion Eveillé.

 

Le lion noir : Zhang Fei, Général Tigre des Trois Royaumes et grand combattant (張飛)

La tête de Zhang Fei est à dominance noire et porte une barbe noire. Etant le plus jeune des trois frères d’armes, il porte une pièce à son collier. Sa robe est noire et blanche et porte des clochettes.

Ce lion est habituellement employé par les jeunes écoles, qui doivent encore démontrer toute l’étendue de leurs techniques.

Jeune, fougueux, vif et impulsif, le lion Zhang Fei est également connu sous le nom de Lion Combattant.

 

Deux autres lions ont été aujourd’hui ajoutés à ce panthéon.


Le lion vert : Zhao Yun ou Zhao Zi Long, le plus jeune des Cinq Généraux Tigres (趙雲)

La tête de Zhao Yun est à dominance verte, tout comme sa robe, et possède une barbe et des poils blancs.

Impétueux et brave, Zhao Yun s’illustra par des hauts faits sur les champs de batailles, notamment pour avoir secouru l’enfant de Liu Bei, prisonnier de l’armée de Cao Cao. Appelé le « quatrième frère », le lion Zhao Yun est également connu comme le Lion Héroïque.

 

Le lion jaune : Huang Zhong, ancien ennemi du Royaume de Shu, Général Tigre des Trois Royaumes (黄忠)

La tête de Huang Zhong est jaune, tout comme son corps et porte poils et barbe blanche.

Aîné des Généraux Tigres, prudent et déterminé, il est connu comme étant le Lion Juste. Il put se vêtir de jaune quand Liu Bei fut institué Empereur.

 

Un dernier lion trouve sa place au sein de cette troupe mais celui-ci est rarement employé et ceci à raison.


Le lion blanc : Ma Chao

Le lion blanc est connu sous le nom de Ma Chao (Ma Chiu en cantonais). La couleur blanche lui a été attribuée car au combat, il portait toujours un brassard blanc autour du bras, témoignage du deuil de son père et de son frère, assassiné par Cao Cao, empereur de la Dynastie Wei. Ma Chao est aussi connu comme le Lion Funéraire. Ce lion n'est utilisé qu’en de très rares occasions, funestes en l’occurrence puisqu’il danse pour l’enterrement d’un maître ou d’un personnage important de la communauté. Après la danse, le lion blanc est généralement brulé car il est de mauvais augure de le conserver.

 

 

Le style Hok Shan (ou Hoksan/Hokkien) est un style de danse contemporain. Il combine à la fois les mouvements des lions du Nord et le style de tête des licornes du Sud. La danse Hok Shan cherche à reproduire les mouvements caractéristiques du félin et du chien pour donner vie au lion, associés à des acrobaties et des portés. La tête Hok Shan est plus petite et légère que la tête Fat Shan. Elle possède une bouche plus aplatie et des yeux plus écartés, rendant la tête moins agressive, plus placide. Sa robe est couverte d’une fourrure plus épaisse et importante.

 

Trois couleurs principales sont données aux licornes Hok Shan.

- le lion jaune, symbole de vivacité,

- le lion rouge, symbole de bravoure,

- le lion vert, symbole d’amitié.

 

De nos jours, une nouvelle forme de licorne commence à se faire connaître, les licornes Fok Hok, mélange entre les licornes Hok Shan et Hok Shan. La danse est similaire à la danse Hok Shan.

 

 

Le déroulement de la danse de licorne

La danse de licorne débute par un salut à Bouddha et au public. Accompagnée d’un tambour, d’un gong et de deux cymbales, la licorne s’engage dans la danse. Les deux danseurs, avancent en mouvements coordonnés selon une chorégraphie préparée ou improvisée, basée sur des figures et des moments clefs.

Deux moments importants jalonnent la danse.

Le premier est la phase d’endormissement et de sommeil, pendant laquelle la licorne se repose.

A son réveil, la licorne s’agite, revigorée par cette phase de sommeil, et enchaîne les acrobaties pour finalement s’intéresser à la salade, sa nourriture, qui aura été déposée au sol ou accrochée à environ 3m de haut. Cette deuxième phase est importante pour deux raisons : la première est symbolique – la salade constitue la nourriture de la licorne, rappel de l’herbe magique qui lui permis de rejoindre le Royaume de Jade ; la seconde est mercantile – la salade contient une enveloppe rouge contenant l’offrande faite à la licorne pour la remercier de sa danse. La licorne doit donc manger cette salade offerte puis la recracher, signe que l’offrande est acceptée.

La danse continue ensuite pour se terminer à nouveau par un salut à Bouddha et au public ayant assisté à la danse.

Un autre personnage peut prendre part à la danse, le Génie de la Terre, lien entre la licorne, animal céleste et le sol terrestre, sur lequel l’animal fut déchu par l’Empereur de Jade. Bouddha facétieux, il taquine la licorne et joue avec l’animal tout au long de la danse, la guidant vers les personnages importants présents dans la foule ou lui ouvrant le passage.

 

Il est important de ne pas confondre la danse de lion avec la danse de dragon qui est aussi joué au cours des célébrations du nouvel an asiatique. Ce sont deux danses complètement différentes, inspirées de deux animaux mythiques distincts. La danse de dragon fait intervenir un nombre bien plus conséquent de danseurs et se déroule d’une toute autre manière.

 

 

 

Cours

  • Mardi: 19h-21h15 (Danse de lion)
  • Mercredi: 18h-19h30 (Enfants)
  • Mercredi: 19h30-21h30 (Débutants)
  • Vendredi: 19h-21h (Acrobaties)
  • Samedi: 14h-16h (Combats)